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Edmond Amougou-Tchang

Assistant costumier à Disneyland Paris

Une carrière cousue main, au coeur de la magie Disneyland Paris.


Dans les ateliers costumes, loin des projecteurs mais au cœur de l’expérience visiteurs,  Edmond crée, ajuste, observe, valide. À 69 ans, il ne parle ni de fin de carrière, ni de retraite imminente. Il parle de projets, de matières, de coupes, de silhouettes en mouvement. Et de transmission.  

« Quand je suis arrivé ici en CDD, je ne pensais pas rester. Et encore moins vingt-quatre ans. » - Edmond  

Edmond Amougou‑Tchang rejoint Disneyland Paris au début des années 2000, après une première vie professionnelle intense comme intermittent du spectacle. Opéra, théâtre, cinéma : il a déjà beaucoup vu et fait. Lorsqu’il pousse la porte de l’atelier couture, il a plus de 40 ans, un âge qui, aujourd’hui, serait presque déjà qualifié de “senior”.  


Ce sont précisément ses mains d’artiste, son œil affûté et son parcours qui retiennent l’attention. Chez Disneyland Paris, on ne lui demande pas de rentrer dans une case : on s’intéresse à ce qu’il a vécu.

« Ici, on vous regarde vraiment. On est curieux de savoir d’où vous venez. » - Edmond 

Ce regard de ses managers de l’époque change tout.  


D’abord couturier de spectacle, Edmond maîtrise l’ensemble de la chaîne : modélisme, patronage, toile, tailleur, ajustements de dernière minute. Une expertise complète, acquise sur le terrain, qu’il met au service des attractions, puis de l’atelier des costumes pendant plus de dix ans.  


Mais chez Disneyland Paris, l’expérience n’est jamais figée à un seul poste, un seul projet.  


En 2015, Edmond rejoint le “costuming créative”, le département de création des costumes. Un nouveau monde s’ouvre à lui : relation avec les designers, échanges avec les  fournisseurs internationaux, compréhension fine des codes artistiques de Disneyland Paris, équilibres entre exigences esthétiques et contraintes techniques.

« J’ai dû redevenir apprenant. Et j’ai adoré ça. » - Edmond

Formations régulières, montée en compétences continue, nouvelles technologies : Edmond incarne pleinement une conviction forte de l’entreprise : la seconde partie de carrière n’est pas un ralentissement, mais un mouvement.  


Anne‑Gaëlle Tual, sa manager, 41 ans, confirme :  

« L’expérience d’Edmond est précieuse, mais ce qui fait la différence, c’est sa capacité à se remettre en question, à prendre du recul sur certaines situations, à apprendre encore, à rester curieux. »  

Transmettre autrement : enseigner pour mieux revenir  


À un moment de son parcours, Edmond choisit aussi de transmettre hors des ateliers Disneyland Paris, en intervenant à temps partiel (20 %) dans l’enseignement, pour partager les fondamentaux du costume. Une expérience qui nourrit son propre regard professionnel.  

« Enseigner m’a obligé à mettre des mots sur des gestes que je faisais presque  instinctivement. Cette expérience pédagogique intergénérationnelle a affiné encore davantage mon regard et mon exigence du détail. »  

Cette parenthèse a été une respiration. Elle illustre une autre façon de prolonger sa  trajectoire professionnelle, sans rupture, en cohérence avec ses valeurs et son métier.  


Au cœur de la parade, au cœur du vivant  


Edmond est aujourd’hui une figure clé sur la Disney Stars on Parade, qu’il a rejointe en 2018. Chaque semaine, il rencontre de nouveaux artistes de la parade venus de toute l’Europe, parfois du monde entier. C’est lui qui réalise les “fittings” (essayages de costumes), ajuste, vérifie et valide.  

«Le costume, c’est la première rencontre entre l’artiste et son rôle. C'est là que se joue la validation du rôle.» - Edmond  

Son rôle est stratégique : anticiper, décider, parfois refuser, souvent adapter. Un travail de précision, de responsabilité et de confiance en étroite collaboration avec la costumière référente. Il faut savoir lire un corps, un mouvement, une posture, mais aussi rassurer,  expliquer, accompagner.  


Anne‑Gaëlle Tual le résume simplement :  

«Edmond donne le “go”. Et quand il le donne, on sait que c’est juste.»

Travailler longtemps, mais surtout travailler mieux  


Si Edmond continue aujourd’hui, c’est parce que l’entreprise et l’organisation du travail le permettent. Les projets se succèdent, les équipes se renouvellent, l’expérience circule.  


Concrètement, cela passe par des aménagements simples mais structurants : Edmond bénéficie notamment d’une pause supplémentaire quotidienne de 30 minutes, et a fait le choix, en accord avec sa manager, d’aménager ses horaires en arrivant plus tard le matin, afin de préserver son énergie tout en restant pleinement engagé dans ses missions.  

« Ce sont des ajustements qui changent tout dans la durée. On se sent respecté, écouté, considéré. » - Edmond  

Pour Anne-Gaëlle, cette capacité d’adaptation est essentielle. Pour elle, le rôle du manager est de permettre à chacun, lorsque le poste le permet, de poursuivre son activité dans de bonnes conditions, en tenant compte de son énergie, de son parcours et des contraintes du métier.  


Ces dispositifs sont donc avant tout des outils de management : les aménagements sont pensés au cas par cas, dans une logique partagée d’équilibre et d’efficacité.  


Le management doit tenir compte :  

● de la préservation physique,  

● de la charge mentale,  

● du niveau de stress et d’exigence cognitive de chaque poste ou projet.

  

Les projets sont réattribués en fonction du profil, de l’énergie et du moment de carrière, l’objectif étant que la personne s’épanouisse sur un projet adapté en fin de carrière.

« Ce qui compte, c’est de permettre à chacun de continuer dans de bonnes conditions, en respectant son rythme, son énergie et son envie. » - Anne-Gaëlle  

Et cette adaptation ne concerne pas uniquement le temps de travail. Elle passe aussi par les outils et les usages. L’arrivée des nouvelles technologies collaboratives, et notamment Teams, a transformé son quotidien professionnel. Là où il fallait autrefois traverser le parc d’un bout à l’autre pour résoudre une urgence costume, un échange rapide, une photo ou une visio permettent  aujourd’hui de diagnostiquer une situation, d’orienter une équipe ou de valider un ajustement.  

« On gagne un temps précieux, et surtout on évite de l’usure inutile », explique-t-il.  

Ces outils sont devenus un levier d’efficacité, mais aussi de transmission : ils permettent à Edmond de partager son expertise, de répondre aux questions des équipes en opération et d’accompagner les plus jeunes, parfois à distance.  


L’expérience comme patrimoine vivant  


À 69 ans, Edmond sait qu’il porte quelque chose de rare : une mémoire du geste, du détail,  du “bien‑porter”, difficilement transmissible par un manuel ou un process.  

« Tout ne s’explique pas. Il y a des choses qui se montrent. » - Edmond 

Mais transmettre aujourd’hui ne relève pas uniquement du geste ou de l’expertise. Au-delà de la transmission des savoir-faire, le travail intergénérationnel constitue aussi un enjeu quotidien de management.


Anne-Gaëlle Tual pilote aujourd’hui une équipe de 26 personnes, dont les âges s’échelonnent de 22 à 69 ans. Une diversité de parcours, de rythmes et de codes qui fait la richesse du collectif, mais qui demande une attention particulière à la manière dont chacun communique et coopère. 

« Faire travailler ensemble plusieurs générations, ce n’est pas automatique. Les attentes, les références et les modes de communication ont beaucoup évolué », explique-t-elle. 

Dans ce contexte, Edmond, fort de son expertise et de son ancienneté, doit lui aussi continuer à ajuster sa manière de transmettre. Face à des assistants costumiers très jeunes, parfois en première expérience professionnelle, la forme compte autant que le fond. Il ne s’agit plus seulement de dire ou de corriger, mais d’accompagner, d’expliquer, de choisir les mots justes. Un travail d’adaptation permanent, parfois exigeant, notamment dans des situations sensibles liées au costume ou à la relation avec les artistes. 

« C’est un point sur lequel nous travaillons ensemble. Edmond en a conscience et reste à l’écoute. La transmission aujourd’hui passe autant par le savoir-faire que par le savoir-être», souligne Anne-Gaëlle. 

Cette vigilance managériale est d’autant plus importante que les codes professionnels évoluent rapidement. Ce qui était perçu autrefois comme une consigne normale peut aujourd’hui être vécu comme une injonction. Le management devient alors un rôle d’équilibriste, visant à créer un cadre où l’expérience des plus anciens et les attentes des plus jeunes peuvent se rencontrer et se compléter. 


Sa présence est un repère pour les équipes plus jeunes, un accélérateur de projets, un garde‑fou aussi. Elle illustre un enjeu stratégique majeur pour les entreprises : ne pas laisser partir les savoirs sans les avoir fait circuler. 


Au sein de Creative Costuming, même si cela reste un axe d’optimisation, cette circulation se fait naturellement, par le travail, par la coopération entre générations, et par un cadre RH qui autorise la flexibilité. 


Edmond partira en retraite fin 2026. Et quand on l’interroge sur la suite, il reste lucide et serein. Il sait que cette dernière phase de carrière se prépare. Pour autant, il ne parle pas de rupture brutale. Il évoque plutôt une transition, un temps pour transmettre encore, accompagner les équipes, structurer ce qui peut l’être et laisser derrière lui des repères solides. 


Sa trajectoire illustre un enjeu clé pour les organisations : penser la fin de carrière non comme un arrêt, mais comme un passage. Un moment où l’expérience continue de produire de la valeur, jusqu’au dernier jour. 


Et c’est précisément dans cet esprit qu’Edmond poursuit aujourd’hui son engagement, pleinement acteur de cette dernière étape. 


Dispositifs seniors mobilisés pour Edmond (parmi un panel de dispositifs très complet) :


● Depuis 2010, une collaboratrice dédiée à l’accompagnement des salariés seniors est mobilisée afin de les renseigner, les accompagner et les aider pour toutes les démarches administratives liées à leur dernière partie de carrière ; elle est également garante de la mise en œuvre des différentes mesures contenues dans l’accord intergénérationnel. En 2025, une seconde personne a rejoint l’équipe afin de renforcer ce service dédié.  


● Pause supplémentaire quotidienne de 30 mn pour les salariés de 60 ans et plus.


●  Dispositif d’aménagement des horaires de travail.


Quelques chiffres clés  :


● Au 30 septembre 2025, Disneyland Paris comptait près de 4000 salariés âgés de 50 ans et plus, dont environ 17 % ont plus de 60 ans. Toutes les catégories de postes sont concernées (opérationnel, technique, fonctions support). 


● Du 1er octobre 2022 au 30 septembre 2025, Disneyland Paris a embauché 740 salariés âgés de 50 ans sous tout type de contrat (CDI, CDD) dont certains avaient plus de 60 ans lors de leur  embauche. 


Myriam Gorlier, fondatrice d'Horizons Porteurs.


Edmond Amougou-Tchang
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