David Nodari
Formateur professionnel pour adultes
À 55 ans, après plus de trente années passées dans la grande distribution, principalement dans l’Est de la France, David Nodari voit son poste d’animateur relation clients et caisses supprimé dans le contexte des réorganisations engagées chez Auchan Retail.
Pendant près de vingt ans, il y a accompagné, formé et fait monter en compétences des équipes caisse au sein des enseignes Atac, Simply Market puis Auchan Supermarchés, Hypermarchés et Drive.
Beaucoup auraient choisi d’attendre, de souffler un peu ou simplement de “tenir” jusqu’à la retraite. Mais ce n’est pas son tempérament. Dès l’annonce de la suppression de son poste, David décide presque immédiatement de se remettre en mouvement, sans même attendre la fin de son préavis.
“Je n’ai pas voulu me lamenter. J’ai accusé le choc mais ça a duré deux jours.”
Cette phrase résume assez bien son état d’esprit. Car derrière son énergie communicative, que je connais bien car nous avons travaillé ensemble sur des projets transversaux pendant 7 ans au sein de l’enseigne Simply Market (aujourd’hui Auchan Supermarchés), David sait aussi ce que représente une rupture professionnelle à cet âge.
À 55 ans, quand on a construit sa vie autour d’une passion pour son métier et qu’on s’est investi corps et âme dans une même entreprise, perdre son poste peut rapidement devenir une période de doute, de perte de repères, voire d’effacement progressif. Lui choisit exactement l’inverse : agir vite, apprendre, reconstruire.
Dès l’annonce de la fin de son poste, il peaufine son profil linkedin, réactive son réseau, reprend contact avec d’anciens collègues, sollicite des accompagnements, rencontre l’APEC de sa région et commence immédiatement à réfléchir à la suite.
Ce qui l’anime alors n’est pas l’idée de “tourner la page” ou de se reconvertir totalement, mais plutôt de donner une nouvelle dimension à ce qu’il sait déjà faire depuis des années : transmettre.
Pendant près de deux décennies, David a formé, accompagné et animé des équipes opérationnelles en magasin et est devenu, au fil des années, une figure reconnue de la transmission terrain : accompagnement des collaborateurs, montée en compétences, pédagogie opérationnelle, animation de groupes, intégration de nouveaux outils, gestion humaine des équipes.
Le retail est un secteur en pleine transformation, les projets ne manquent pas et il s’y épanouit. Il participera également activement aux projets de la Fondation Simply Market et portera les valeurs de l’actionnariat pendant des années.
Au moment de réfléchir à la suite, une chose s’impose à lui :
“Je veux faire ce que j’ai toujours fait, mais je veux le faire mieux.”
David ne veut plus simplement être “quelqu’un qui forme”. Il veut devenir un véritable formateur professionnel pour adultes, avec les méthodes, les outils, les certifications et la légitimité qu’il y associe. David décide donc de retourner en formation. Un choix loin d’être anodin, d’autant plus qu’il se décrit lui-même comme un ancien élève en difficulté :
“Je n’étais pas un bon élève à l’école, j’avais de très mauvaises notes.”
Cette reprise d’études représente donc bien plus qu’une simple reconversion professionnelle, c’est une forme de revanche personnelle.
Après avoir étudié plusieurs possibilités, il choisit une école à distance proposant le titre professionnel de Formateur Professionnel pour Adultes. Son choix est réfléchi, méthodique, presque stratégique. Il compare les programmes, analyse les contenus, surligne ce qu’il souhaite apprendre, cherche l’environnement pédagogique qui lui permettra réellement de progresser. Il anticipe tout.
Devant sa dynamique, certains lui conseillent de “prendre son temps”, voire de “souffler un peu”. David fait exactement l’inverse : il refuse l’immobilisme.
À peine quelques semaines après son départ, il démarre déjà les cours puis enchaîne rapidement avec un stage chez ISEAH, un organisme de formation spécialisé notamment dans l’accompagnement d’alternants à distance. Il y découvre un nouvel univers : la formation synchrone, les classes virtuelles, les outils collaboratifs et les nouveaux usages numériques de la pédagogie.
Très vite, il gagne en autonomie. Il accompagne des apprenants dans la préparation de leurs productions professionnelles, anime des journées de formation entières et découvre surtout une nouvelle manière d’apprendre et de transmettre. Au début, tout est nouveau : Discord, Canva, les capsules vidéo, l’intelligence artificielle, les outils de veille, les communautés d’apprentissage à distance. Fort d’un volume obligatoire suffisant, il décide de trouver un stage complémentaire en UFA auprès d'étudiants préparant différents BTS dont Négociation Digitale et Relation client.
Mais là encore, David transforme l’inconfort en terrain d’exploration.
“Je me suis rendu compte que j’étais capable d’apprendre beaucoup de choses, de surmonter les difficultés et d’aller chercher par moi-même.”
Pendant neuf mois, il travaille quasiment tous les jours. Il suit les cours, prépare ses évaluations, construit ses dossiers professionnels, réalise des stages, crée des supports pédagogiques et apprend à maîtriser des outils qu’il n’aurait jamais imaginé utiliser quelques années plus tôt. Son dossier technique final comptera plus de quarante pages, son dossier professionnel, près de trente pages.
Mais ce qu’il retient surtout, c’est la transformation intérieure provoquée par cette période. Lui qui pensait ne pas être “fait pour l’école” découvre finalement le plaisir d’apprendre et réalise à quel point la motivation, l’expérience et le sens peuvent transformer la relation à l’apprentissage.
Dans les groupes Discord de sa formation, il échange avec d’autres adultes en reconversion. Certains débutent, d’autres avancent comme lui. Très vite, il devient l’un des membres les plus actifs du groupe : il partage des ressources, relaie des informations, aide les nouveaux arrivants, recommande des outils et encourage ceux qui doutent. Une relation en particulier devient essentielle : celle qu’il construit avec Laetitia, une autre apprenante d’une cinquantaine d’années. Ensemble, ils relisent leurs travaux, se forment mutuellement, se corrigent, se motivent et traversent ensemble les moments de doute. Une forme de tutorat “entre pairs” qui joue un rôle majeur dans cette période de transition.
Car opérer une transition ou une reconversion n’est pas qu’une question de compétences, c’est aussi une question de confiance : la confiance en soi, la confiance dans l’avenir, la confiance dans sa capacité à encore apprendre, évoluer et être utile après 50 ans.
Pendant cette période, il suit aussi des modules de développement personnel, écoute des conférences, utilise LinkedIn Learning et commence même à afficher devant lui, face à son ordinateur, des phrases qui deviennent peu à peu ses boussoles quotidiennes :
“Chaque jour est le début de ta vie.” “Je choisis comment j’avance.” “Fier de l’énergie que je mets.”
Petit à petit, David ne reconstruit pas seulement un projet professionnel mais une façon de vivre. Il parle désormais de choix plutôt que de contraintes, de sérénité plutôt que de statut, de sens plutôt que de carrière.
“Je veux de la sérénité. Choisir et ne plus subir.”
Aujourd’hui, David finalise son titre professionnel et échange déjà avec plusieurs entreprises du secteur de la formation. Cette période de transition, subie au départ, lui a surtout permis de redevenir pleinement acteur de sa trajectoire. À 55 ans, il ne parle ni de “fin de carrière”, ni de “seconde chance”. Il parle d’élan, de transmission, de curiosité et de mouvement.
“Je ne veux pas arrêter de sourire. Je ne veux pas arrêter d’être drôle. Je ne veux pas m’éteindre.”
Et au fond, peut-être que tout est déjà résumé dans cette autre phrase qu’il garde en tête depuis longtemps et qui conclura sa présentation au jury :
“Mon objectif dans la vie, c’est de laisser une trace dans la mémoire des autres.”
À travers son parcours, David nous rappelle finalement plusieurs postures essentielles :
anticiper plutôt que subir,
continuer à apprendre après 50 ans,
rester en mouvement,
développer son réseau et s’appuyer sur les autres sans perdre confiance en soi,
s’adapter n’est pas une question d’âge mais d’état d’esprit.
