Christian Bachellerie
Directeur des Explorations Technologiques de Daher & Directeur général adjoint de Delair
Dirigeant au long cours, à l’aise aussi bien dans les environnements industriels complexes que dans les dynamiques d’innovation rapide, Christian Bachellerie incarne une génération de dirigeants capables de conjuguer vision stratégique, engagement sociétal et pragmatisme opérationnel.
Diplômé de l’ISAE Sup’Aéro, il débute sa carrière chez PSA Peugeot Citroën, où il passe 15 années à forger sa culture industrielle et son sens du collectif efficace. A 38 ans après un parcours professionnel rythmé, il entrevoit le besoin de se réorienter :
“Malgré une passion intacte pour les projets automobiles et pour l’encadrement de mes équipes, je sentais baisser mon niveau de plaisir au travail du fait de la pression incessante sur la productivité… et j’anticipais un avenir compliqué pour le secteur automobile en Europe de l’Ouest.”
Il choisit alors de changer cap et intègre le secteur aéronautique, en s’appuyant sur le réseau amical de son école d’ingénieur.
Chez Airbus Helicopters, où il reste neuf ans, il développe de nouveaux aéronefs, conduit des programmes de transformation complexes, puis devient ingénieur en chef. Les premières années ont été parfois difficiles en termes d’inclusion, mais les suivantes très épanouissantes, avec une carrière redynamisée et des responsabilités gratifiantes.
Ce passage d’un secteur industriel à l’autre est fondateur : il apprend à naviguer dans des cultures très différentes, à conduire le changement, à faire grandir les équipes dans des environnements sous pression, tout en restant un ingénieur passionné par la technique.
En 2016, après une concertation avec la direction générale d’Airbus Helicopters, il décide de répondre à l’appel de Daher, un groupe aéronautique familial, dans lequel il prend le poste directeur de l’Ingénierie industrielle. Il y manage plusieurs centaines d’ingénieurs et de techniciens, sur plusieurs sites et dans des environnements multiculturels.
Pendant la crise du Covid, alors que l’entreprise se contracte et que plusieurs cadres dirigeants prennent le large, il choisit de rester pour passer ce cap difficile. Il restructure l’ingénierie, accompagne la fermeture d’un site principal, crée un centre d’innovation technologique en France ainsi qu’une entité technique au Maroc, et soutien ses équipes jusqu’à la relance.
“J’ai fait front avec ma direction, créé de nouvelles perspectives, et transformé notre organisation pour la rendre plus efficace. Je suis sorti de cette période de sauvegarde avec de la fierté, une certaine usure, mais aussi de nouvelles envies”
C’est pendant le confinement qu’il mûrit un nouveau projet qu’il souhaite aligné avec ses convictions citoyennes : être acteur de la transition écologique du secteur aéronautique.
Il s’inscrit dans un parcours de formation à la transition professionnelle, et sollicite un coach pour l’accompagner dans ce projet. En 2022, il convainc la direction générale de Daher de créer une entité d’innovation dédiée à l’aviation durable. Ce qui n’était qu’une idée devient une réalité : une startup interne, qu’il pilote seul les premiers mois.
En moins d’un an, dix personnes de valeur rejoignent l’aventure. Il fait construire un centre d’innovation à Tarbes (65) qu’il inaugure début 2025, et dans lequel plus de 60 personnes travaillent aujourd’hui à préparer des avions de future génération. Il développe ses propres activités d’innovation internes, et mène des projets collaboratifs au-delà du groupe Daher.
“Explorer les technologies d’intérêt pour la décarbonation et les disséminer dans l’écosystème aéronautique, c’est ma manière d’accélérer la transition énergétique au service du bien commun, tout en gardant le lien avec la dimension industrielle.”
L’esprit pionnier ne s’éteint pas : à 56 ans, il sent de nouveau le besoin d’élargir son champ d’action.
“Une fois que le recrutement de l’équipe a été finalisé avec des managers aussi dynamiques que compétents, et que le centre d’innovation a globalement trouvé son rythme, je voyais venir une sorte de pallier dans mon travail malgré l’excellence des premiers résultats, et souhaitais continuer à exploiter le spectre complet de mes compétences”
Lorsque la guerre en Ukraine éclate, il se questionne : qu’est-ce que je peux faire pour aider mon pays à préserver la sécurité en Europe et dans le monde ? Cette interrogation le conduit vers l’industrie des drones, au croisement de l’innovation technologique, de l’industrie aéronautique et des enjeux géopolitiques actuels.
Il contacte le dirigeant de Delair, une jeune pépite toulousaine de ce secteur en pleine croissance, et lui propose son expertise. L’idée d’un prêt de compétences à temps partiel naît naturellement : Christian met son expérience de haut niveau au service d’une PME innovante, tout en restant cadre dirigeant chez Daher.
Ce modèle d’emploi, encore rare à ce niveau de direction, repose sur la confiance et le dialogue direct entre les parties prenantes. Il a su négocier une formule équilibrée, soutenue sincèrement par la direction générale de Daher, et accueillie avec enthousiasme par celle de Delair.
Il assume aujourd’hui un double rôle en partageant son temps entre les deux entreprises : Directeur général adjoint de Delair, en charge des opérations ainsi que du plan de transformation, et en parallèle, Directeur des Explorations Technologiques chez Daher, et membre du comité de direction de sa division. Deux fonctions, deux cultures, deux contextes, un même fil conducteur : l’efficacité par l’innovation, la motivation des équipes et la coopération entre les parties prenantes.
“Je suis dirigeant, mais aussi coach et formateur.”
Ce prêt de compétences est un véritable cas d’école. Vu de Daher, il permet de préserver une expérience de valeur dans un contexte de tension économique, et de créer une passerelle avec un secteur connexe ; vu de Delair, il apporte un niveau d’expertise managériale qu’une jeune entreprise ne pourrait pas financer à ce stade de son développement.
Mais Christian reconnait que des barrières s’oppose à sa généralisation : les processus RH conventionnels qui restent à adapter, les rituels de direction auxquels il est difficile se soustraire, les réflexes de contrôle de certains managers sur le temps de présence dans l’entreprise… mais aussi l’énergie, l’attention et l’exigence d’organisation que réclame une double vie professionnelle qui doit rester compatible avec la vie de famille.
“Pour que ça marche, il faut gagner la confiance des dirigeants et établir une relation directe avec eux afin de trouver un équilibre qui convient à tous. Un tel montage est plus difficile à réaliser en s’appuyant sur les organisations intermédiaires dans l’entreprise.”
Fidèle à son style, il prône un management participatif, collaboratif et créatif. Chez Delair, il retrouve ce qu’il appelle la culture des “ingénieurs bricoleurs”, où “ceux qui réfléchissent doivent aussi concrétiser, et ceux qui réalisent se doivent aussi de réfléchir”, dont il fait la promotion chez Daher, en valorisant les savoir-faire pratiques autant que les compétences intellectuelles.
Deux ordinateurs sur son bureau, avec deux environnements bureautiques différents, symbolisent son double ADN : rigueur d’industriel et agilité d’entrepreneur. Son leadership repose sur une conviction forte :
“Les dirigeants doivent apprendre à prêter leur expérience autant qu’à la renouveler.”
Christian Bachellerie incarne cette nouvelle génération de dirigeants “polymorphes”, capables de naviguer entre le monde des grands groupes et celui des startups, entre stratégie et opérationnel, entre transmission et transformation.
“Je dirige pour développer et pour servir des collectifs. Faire grandir les autres, c’est aussi la meilleure façon de continuer à grandir soi-même.”
